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Sous la férule de la Parole

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Une caméra développant la « traversée des apparences » des faciès grimaçants, en plein coeur du cinéma muet, c’est le pouvoir absolu d’un soupire malin ou ridicule, d’un sourcil ou d’une bouche qui se crispe, d’un regard (la stratégie des regards) engoissé ou obsessionnellement redoutable. C’est aussi une prestation historique – de l’acteur – particulièrement guignolesque forçant l’intrigue drolatique ou encore un geste facile suggérant l’horreur ! À cela devait se greffer, jadis, un tas de clichés pour des raisons de grossissement du tissu (extra-)narratif, jusqu’a revêtir des aspects visuellement moins signifiants. C’est aussi un genre aujourd’hui totalement ignoré des jeunes générations de cinéphiles.

S’il y a un ordinaire du cinéma, on le cherchera d’abord dans ce qui a dominé si longtemps, dans ce qui aujourd’hui encore émerge du passé, dans le cinéma classique. Pas plus que la modernité, un classicisme – légendaire – du cinéma ne se laisse enfermer dans des dates, dans des définitions. On peut le définir par la fiction, par la mise en scène et la dramaturgie, par la transparence, par l’adéquation entre un mode de production et un mode de vision, par l’excellence dans le moyen, qu’importe : chacun en a sa définition, mais le cinéma classique existe, et il est américain !

Si désormais, le cinéma, qu’il soit français ou portugais (pour ne citer que les filmeurs qui me sont les plus proches), a pour idéal d’offrir au spectateur un monde de rêve, autant dire qu’il symbolise l’épreuve du langage complet (la télévision et le Net font d’ailleurs l’objet de notations équivalentes dans de nombreux cas). Précisément, cinématographiquement, il y a quelques décennies (…) le classicisme – diplodocus – américain a connu au moins un événement majeur, une véritable révolution, celle du parlant. Or, cette révolution a beaucoup tranché, comme toute révolution, mais d’abord et paradoxalement, dans l’image cinématographique. L’image muette était souvent tentée par l’Image, la métaphore, le figuré sinon le figural. Justement, le parlant est vu aujourd’hui, fréquemment, comme une sorte d’affranchissement de l’image, laissée libre de sereinement représenter le monde sans en véhiculer la lourdeur signifiante, et répondant enfin à cette supplique muette des personnages de l’écran : qu’on les dote de la pièce manquante « la parole ». Comme une mise en valeur par les teintes vives des dialogues !

« On ressent à la longue comme un agacement du mutisme obstiné de ces silhouettes gesticulantes. On a envie de leur crier : Mais dites donc quelque chose ! » (Brisson, 1908)

C’est-à-dire, pleurs, rires, colère, effroi, doit se produire sans la strangulation du silence. Le mime n’y suffit plus, il y faut une réalité sensible, presque tangible, que la prise puisse prendre, et donc, de nouvelles techniques d’acteur « sous la férule de la parole ». En gros plan, qu’est-ce qu’un acteur ? Un corps qui se déplace, qui mime, qui vaut pour une représentation chez qui cohabitent finement les extrêmes du silence assourdissant et de l’expression à mi-chemin? Éventuellement, dans certaines variantes comme la méthode Stanislavski, un être souffrant, exprimant, tâchant par tous les moyens de signifier qu’il vit, qu’il est en proie à des émotions. Bref, un corps, dans toute sa complexité. Hors du cinéma, l’art de l’acteur prendra parfois, pour avoir prêté excessivement attention à ce corps, des allures de rituel, d’ascèse ou de chamanisme (comme dans le théâtre européen de l’après-guerre). Parlons-en des années soixante : du point de vue (…) de la voix, dans le ciné américain, la « Méthode » (Strasberg) était devenue un mot de passe, un dogme ou même un miracle ; mais souvent, aussi, ses efforts contorsionnés ont été compris comme la preuve de son impuissance à produire réellement du corps. Aussi bien, aucune esthétique pratique du cinéma n’a-t-elle jamais été fondée sur une réelle considération du corps des acteurs.
Mais revenons à la prise.. qu’est-ce que la prise ? Le mot suggère la capture : il faut attraper quelque chose, mais quoi ? Du naturel, de la réalité, indéniablement, et ce qui obsède tous les acteurs dans les débuts du parlant, c’est de réussir à être naturels tout simplement ! L’idée a beaucoup circulé dans la conception hollywoodienne, elle a assurément hanté les acteurs durant tout l’âge d’or. Mais la prise ne capture pas seulement du “naturel”, ou du moins elle ne le capture pas seul. Ce qu’elle prend, c’est aussi le « contraste du temps qui passe ». Le passage du temps au naturel. Évidence ?! Pas entièrement. Le ciné a certes été inventé pour représenter avec le temps, des sautes, que le simple passage du temps.

Effectivement, pas de mots assez durs pour l’onéreuse et obérante visualité de l’image muette. A l’avènement du film parlant, le Serial (à ne pas confondre avec Série: suite d’épisodes complets mettant le même héros en scène) fut sans doute le genre cinématographique à franchir le cap difficile de la mutation avec le plus d’aisance.. J’en profite: La Universal Production, déjà spécialisée dans ce domaine depuis 1915, sera la plus grande productrice de Serials parlants, dépassant même en quantité – mais certainement pas en qualité – la célèbre Republic Pictures. La Columbia se classera troisième.

Bon, cela dit, les cinéastes – embourgeoisés – d’aujoud’hui n’ont rien à envier à l’époque Chaplin-Charlot, Lloyd, Keaton ou Langdon.. bricolant leurs textes, tirant à la ligne (ou la retirant). Toutefois il reste à noter vis-à-vis des textes (sous distribution étrangère) : en vérité, exceptés les plus méfiants, de nombreux cinéastes voient leur scénarios – sous-titrés – piégés par des traductions particulièrement infidèles. Ils oublient bien trop souvent que l’excelente traduction s’avère indispensable pour juger de la qualité de l’oeuvre ou le seul témoin de son authenticité ou originalité. À mon avis, à l’académisme en géneral, il n’y a pas de grands ou de petits sujets, comme « sous la férule des moindres détails » de l’audiovisuel, plus le texte est petit, plus on doit le traiter avec grandeur !

Laetitea

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